SAP et les agents IA : la Bourse rate-t-elle le prochain SAP ?

7 août 20264 min

SAP et les agents IA : la Bourse rate-t-elle le prochain SAP ?

La Bourse a mis des années à comprendre SAP. Le groupe allemand a basculé vers le cloud, transformé son modèle économique en flux de revenus récurrents, et pourtant les marchés ont longtemps sous-évalué cette mue. Aujourd'hui, un scénario similaire se joue ailleurs : celui du contrôle de gestion des agents IA. La question mérite d'être posée sans détour.

Le précédent SAP : une transition sous-évaluée

L'histoire de SAP est éclairante. Pendant longtemps, les investisseurs ont regardé l'éditeur allemand comme un fournisseur de logiciels d'entreprise classique, cyclique, dépendant de gros contrats ponctuels. Or, comme le souligne l'analyse de Capital, la transition réussie vers le cloud a changé la nature même de l'entreprise.

Ce que le marché a mis du temps à intégrer :

  • Un modèle économique récurrent, avec des abonnements prévisibles plutôt que des licences ponctuelles.
  • Une rentabilité structurellement plus élevée une fois la bascule cloud amortie.
  • Un potentiel de valorisation encore mal capturé par les multiples boursiers classiques.

Le point commun avec ce qui se dessine autour des agents IA : une infrastructure invisible, presque technique, qui devient pourtant le socle de toute une industrie.

Le nouveau problème : personne ne sait ce que coûte un agent IA

Les agents IA ne sont plus une simple curiosité de laboratoire. Ils enchaînent des dizaines d'appels de modèles, sollicitent des outils externes, achètent des services tiers, recommencent une tâche plusieurs fois si nécessaire. Le tout, souvent, sans que l'entreprise sache précisément ce que chaque mission lui a coûté.

C'est exactement le constat que fait FrenchWeb à propos de SAPIOM. La startup vient de lever 35 millions de dollars avec un pari clair : devenir la couche de contrôle financier de ces agents, au moment précis où les budgets IA commencent à passer sous le scanner des audits internes.

Le timing n'est pas anodin. Après deux ou trois ans de dépenses IA peu questionnées, les directions financières veulent désormais des réponses concrètes :

  1. Combien coûte réellement une mission confiée à un agent IA ?
  2. Quels appels de modèles ou outils externes génèrent le plus de dépenses ?
  3. Où se situent les gaspillages liés aux boucles répétées ou aux échecs silencieux ?

Pourquoi cette couche d'infrastructure ressemble à un futur SAP

SAP a gagné parce qu'il est devenu indispensable à l'arrière-plan des opérations d'entreprise, sans jamais être visible du client final. C'est précisément le positionnement que vise SAPIOM sur les agents IA : ne pas être le modèle, ne pas être l'agent, mais devenir la brique de pilotage sans laquelle personne ne peut justifier ses dépenses.

Trois éléments rapprochent les deux trajectoires :

  • Une infrastructure invisible mais critique : personne ne choisit un ERP ou un contrôleur de gestion IA par plaisir, mais tout le monde en a besoin dès que l'échelle grandit.
  • Un modèle par abonnement : la valeur ne vient pas d'une vente ponctuelle, mais d'un usage continu, mesuré, facturé dans la durée.
  • Un momentum réglementaire et budgétaire : les audits IA arrivent, exactement comme la gouvernance des dépenses cloud est arrivée après l'euphorie initiale.

Ce que la Bourse risque de rater, encore une fois

Le risque n'est pas que ces startups échouent techniquement. Le risque est que les marchés continuent de valoriser l'IA uniquement à travers les modèles et les infrastructures de calcul, en ignorant la couche de gouvernance qui rendra ces dépenses soutenables.

C'est exactement l'erreur qui a coûté cher aux investisseurs sur SAP pendant sa transition cloud : regarder le produit visible, négliger le changement de modèle économique sous-jacent.

Points clés à retenir

  • SAP a démontré qu'une transition de modèle économique peut rester sous-évaluée par la Bourse pendant des années, avant d'être reconnue.
  • Les agents IA génèrent des coûts complexes et souvent invisibles pour les entreprises, faute d'outils de suivi adaptés.
  • SAPIOM, avec 35 millions de dollars levés, ambitionne de devenir le contrôleur de gestion de référence pour ces agents.
  • Le parallèle entre les deux histoires interroge : le marché est-il en train de rater, une nouvelle fois, la valeur d'une infrastructure critique mais invisible ?
  • Les entreprises qui anticipent ce besoin de pilotage des coûts IA pourraient prendre une longueur d'avance, aussi bien opérationnelle que financière.

Sources